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L’AQOCI était à Women Deliver !


Dernier ajout : 31 juillet 2019, par Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)

Plus de 6000 personnes, dont 1400 jeunes, issues d’organismes non gouvernementaux et d’autres milieux, déléguées de 165 pays, se sont rassemblées au Centre des congrès de Vancouver du 3 au 6 juin 2019 à l’occasion de la conférence internationale Women Deliver pour faire le point sur les enjeux de l’égalité, de la santé, du bien-être et des droits des femmes. Le thème transversal de cette conférence portait sur le pouvoir et sa capacité de susciter – ou d’entraver – le progrès et le changement. C’est avec grand intérêt que j’ai assisté à cet évènement avec ma collègue Anne Delorme, chargée de programme responsable des droits des femmes et de l’égalité des genres à l’AQOCI. Plusieurs organismes membres de notre association étaient aussi présents, notamment Avocats sans frontière Canada, CECI, L’ŒUVRE LÉGER, Oxfam Québec et les YMCA du Québec. La présence québécoise incluait également plusieurs jeunes de divers milieux. Avec le Réseau de coordination des conseils provinciaux et régionaux du Canada pour la coopération internationale (RCC), l’AQOCI a appuyé activement la participation d’une délégation jeunesse canadienne et québécoise.

Une ouverture marquée par la publication du Rapport de l’enquête nationale sur les femmes autochtones disparues

L’ouverture de Women Deliver a eu lieu le même jour que la publication du Rapport de l’enquête nationale sur les femmes autochtones disparues : ENFFADA. Après avoir recueilli les témoignages de plus de 2300 personnes partout au Canada, l’enquête conclut à la présence d’un génocide canadien qui se perpétue par manque de volonté politique d’y remédier et en raison d’une indifférence au sein de la population canadienne et québécoise. Dans son allocution à la conférence d’ouverture, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau a prononcé le terme génocide, dans un passage en anglais de son discours bilingue. « Plus tôt ce matin, l’Enquête nationale a présenté formellement son rapport final, dans lequel [les commissaires] concluent que la violence tragique dont ont été victimes les femmes et les filles autochtones constitue un génocide », a-t-il déclaré, sans toutefois répéter la phrase en français. » 1 Il s’est engagé à donner suite aux 21 recommandations de ce rapport en impliquant les femmes autochtones dans leur mise en œuvre. Pour souligner cet évènement historique, les femmes autochtones de plusieurs nations de l’ouest du Canada ont organisé une marche cérémoniale du Centre des congrès vers des maisons longues. Ma participation à cette marche m’a permis de témoigner ma solidarité envers nos sœurs autochtones et surtout de réfléchir à notre responsabilité collective et personnelle pour la réparation et la réconciliation… qui, je le crois, doit viser l’établissement d’un véritable rapport de nations à nations. Diverses activités parallèles se sont déroulées dans ces habitations traditionnelles, notamment une rencontre avec la ministre du Développement international et ministre des Femmes et de l’Égalité des genres, Maryam Monsef.

Des jeunes femmes engagées pour la défense de leurs droits

La prise de parole des jeunes femmes m’a particulièrement impressionnée. Les jeunes femmes entendues à Women Deliver affirment leur droit de vivre dans un monde plus égalitaire et réclament des changements structurels pour y arriver. Activiste engagée pour la liberté d’expression et l’accès à l’information liés aux droits des jeunes, à la santé et aux droits sexuels et reproductifs, Natasha Mwansa, une Zambienne de 18 ans, a pris part avec un aplomb remarquable à la séance plénière d’ouverture en compagnie du premier ministre Justin Trudeau, de la présidente de l’Éthiopie, des présidents du Ghana et du Kenya et de plusieurs autres hauts gradés. Elle croit en l’utilisation des médias pour outiller les jeunes : « Il y a tellement de choses qui se passent. On est opprimés sans même s’en rendre compte. Il y a tellement de ressources auxquelles nous n’accédons pas. Il y a tellement de choses que nous ne savons tout simplement pas. Je crois que ça constitue une violation des droits de la personne. » Une des activités les plus stimulantes à laquelle j’ai assisté est l’atelier coanimé par des jeunes de la délégation jeunesse de LOJIQ (Les Offices jeunesse internationaux du Québec) et du Réseau de coordination des conseils provinciaux et régionaux du Canada pour la coopération internationale (RCC).

Le droit de décider en toute liberté

« “Without question. She decides.” A world where every girl and woman can decide what to do with her body with her life and with her future. » - « Empowering woman is the only option. » - « My body is not a public space. » Plusieurs activités et kiosques abordaient les questions relatives au droit de décider pour soi-même et de déterminer son avenir. Les droits reproductifs, étant au cœur de l’égalité des droits des femmes, enjeu crucial pour une majorité de femmes sur la planète, ont été abordés dans maintes activités. La santé et l’éducation sexuelles étaient également des thématiques très présentes.

La justice climatique féministe

« Les femmes sont touchées de manière disproportionnée par les effets des changements climatiques tels que les sécheresses, les inondations et autres événements climatiques extrêmes. Elles ont également un rôle crucial à jouer dans la lutte aux changements climatiques, mais elles ont besoin d’être mieux représentées à tous les niveaux de prise de décisions. Le renforcement du pouvoir des femmes sera un facteur important pour faire face au défi climatique. » 2 Par ailleurs, il est reconnu que les effets des changements climatiques sont plus durement ressentis par les personnes qui sont le moins responsables du problème : les communautés dans les pays du Sud et les communautés à faible revenu dans les pays industrialisés du Nord. D’où la nécessité d’aborder cet enjeu sous l’angle de la justice. L’AQOCI a profité de Women Deliver pour lancer un plaidoyer sur la justice climatique féministe. Un document élaboré en collaboration avec le RCC et avec la participation de la délégation jeunesse — en amont de leur participation à Women Deliver, les jeunes ont identifié la justice climatique comme l’enjeu le plus important à l’heure actuelle en matière d’égalité — présente six recommandations au gouvernement canadien. 3 Jusqu’à présent, 51 organismes, des groupes de femmes, des organismes de solidarité et de coopération internationales, des groupes environnementaux et des syndicats ont endossé ce plaidoyer qui sera transmis au premier ministre Trudeau et aux ministres Monsef et McKenna.

Le monde que nous voulons : 7 demandes au G7

Parmi les nombreuses conférences auxquelles j’ai assisté, je retiens particulièrement celle organisée par ONE, une organisation non gouvernementale qui lutte contre l’extrême pauvreté. Cette ONG fait pression sur les dirigeant-e-s politiques du monde afin qu’elles et ils soutiennent des politiques et des programmes efficaces d’aides. One mène actuellement une grande campagne : « Des progrès, pas des promesses : Un mécanisme de redevabilité pour l’égalité femmes-hommes ». Sept leaders féministes ont présenté 7 revendications aux dirigeant-e-s du G7 pour accélérer les progrès pour les droits des femmes et les filles dans le monde. « Nous ne progressons pas assez vite. Le Forum Économique Mondial estime qu’au rythme actuel, il faudra encore 108 ans pour mettre fin aux inégalités entre les femmes et les hommes en matière de santé, d’éducation, d’opportunités économiques et de représentation politique. » Ce panel s’est conclu par une allocution de Melinda Gates, coprésidente et fondatrice de la Fondation Bill et Melinda Gates, et de l’actrice américaine Patricia Arquette. On peut endosser cette action en signant une lettre ouverte adressée aux dirigeants mondiaux dans laquelle on exige au-delà des grandes promesses prises dans les grandes conférences, de réels progrès : https://www.one.org/fr/agir/la-pauvrete-est-sexiste/

Les annonces du gouvernement canadien

Le gouvernement du Canada a profité de cette grande conférence internationale pour annoncer de nouveaux investissements afin de soutenir l’avancement des droits des femmes et de l’égalité des genres. Affaires mondiales Canada investira 300 millions de dollars pour mettre sur pied une plateforme innovatrice qui rassemblera la communauté philanthropique, le secteur privé, les gouvernements et les organisations de la société civile. Cet investissement permettra de mobiliser un niveau sans précédent de ressources pour les organisations et les mouvements de défense des droits des femmes dans les pays du Sud. 4 Ainsi, il collaborera avec le Fonds Égalité dans le but de mettre sur pied cette plateforme novatrice. Le Fonds Égalité est un consortium d’organisations canadiennes et internationales étroitement liées aux organisations et aux mouvements de femmes et qui ont de l’expertise en développement international, en investissement et en philanthropie. Ces organisations combineront leur expérience pour créer la première plateforme mondiale où les partenaires intéressés pourront mettre en commun et exploiter les ressources pour attirer encore plus de nouveaux partenaires et créer des perspectives pour combler les écarts et éliminer les obstacles à l’égalité des femmes. 5
Grâce aux divers autres partenariats annoncés, ce nouveau fonds devrait mobiliser plus d’un milliard de dollars en ressources au cours des quinze prochaines années pour renforcer le pouvoir des femmes et des filles. Le Premier ministre a également annoncé que le gouvernement du Canada allait débloquer des milliards de dollars supplémentaires pour soutenir des programmes de santé destinés aux femmes et aux filles à travers le monde. « Dès l’année 2023, et durant dix ans, Ottawa consacrera 1,4 milliard de dollars par an à la santé des femmes et des filles dans le monde », a promis M. Trudeau. 6

Un échec au plan de la Francophonie

Certes, cette grande conférence internationale a été un succès à divers niveaux, cependant elle a été un échec au plan de la francophonie. Elle s’est déroulée majoritairement en anglais. Bien que les activités se déroulant en plénière bénéficiaient de la traduction simultanée, l’absence de leaders issues de la francophonie était frappante, tant du Québec, du Canada que des autres pays francophones. Plusieurs déléguées francophones, surtout en provenance de l’Afrique de l’Ouest, m’ont confié être surprises par cette situation, elles s’attendaient à une plus grande place accordée à la francophonie dans une conférence se déroulant au Canada. L’Alliance des femmes de la francophonie canadienne a également dénoncé cette situation, d’autant plus qu’elle a tenté de faire inscrire des activités francophones dans les mois précédents l’évènement : « L’absence d’une telle offre se veut une occasion manquée de faire rayonner la francophonie canadienne sur la scène internationale et de réaffirmer l’importance du bilinguisme au pays. » 7

Comment utiliserez-vous votre pouvoir pour changer le monde en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes ?

« Comment utiliserez-vous votre pouvoir pour changer le monde en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes ? » C’est la question qui nous a été posée à la clôture de cette grande conférence internationale. Pour l’AQOCI, c’est en continuant de renforcer notre approche transversale pour la défense des droits des femmes et pour l’égalité des genres. C’est aussi en poursuivant nos campagnes de plaidoyer avec nos membres, telle celle lancée à Women Deliver sur la justice climatique féministe. Et c’est en raffermissant nos liens avec les mouvements féministes d’ici et d’ailleurs. Notre participation aux actions de la Marche mondiale des femmes en 2020 sera une occasion de concrétiser cet engagement. Et, c’est en rappelant aux gouvernements canadiens et québécois leurs propres engagements. Et moi, comment utiliserai-je mon pouvoir ? À titre de directrice de l’AQOCI, j’appuierai le développement de l’orientation résolument féministe de notre association, car je suis convaincue que l’autonomisation des femmes et des filles est bénéfique à toutes et à tous ; qu’elle transforme des vies, change le monde et suscite des progrès réels et durables.

Michèle Asselin
Directrice générale
AQOCI
5 juillet 2019

1. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1173480/rapport-femmes-autochtones-utilisation-terme-genocide-trudeau-legault-masse
2. Christina Figueres, ex-secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC)
3. https://www.aqoci.qc.ca/?pour-une-justice-climatique-feministe
4. https://www.canada.ca/fr/affaires-mondiales/nouvelles/2019/06/affaires-mondiales-canada---fonds-pour-legalite-transformer-la-facon-dont-nous-soutenons-les-organisations-et-les-mouvements-de-femmes-dont-la-miss.html
5. Les membres du Fonds Égalité sont : MATCH International Women’s Fund (en anglais seulement) — Fonds de développement des femmes africaines — Toronto Foundation — Banque Royale du Canada — Philanthropy Advancing Women’s Human Rights (en anglais seulement) — Fondations communautaires du Canada — Fondation canadienne des femmes — Calvert Impact Capital — Entraide universitaire mondiale du Canada — Oxfam Canada — Yaletown Partners
6. https://pm.gc.ca/fra/nouvelles/2019/06/04/gouvernement-du-canada-realise-investissement-sans-precedent-promouvoir-la
7. https://affc.ca/publications/2019-06-03-absence-de-programmation-en-francais-a-women-deliver-2019-une-chance-manquee-de-reaffirmer-limportance-du-bilinguisme-du-canada/


Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)

L’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), est un regroupement de 64 organisations québécoises qui œuvrent, à l’étranger et au Québec, pour un développement durable et humain.

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