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Bilan général de la COP 24


Dernier ajout : 5 février 2019, par Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)

QUE DOIT-ON RETENIR DE LA COP 24 ?

La 24ème conférence des parties (COP) à la Convention Cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) s’est déroulée à Katowice, en Pologne, du 3 au 14 décembre 2018. Le principal objectif de cette rencontre était de s’entendre sur les règles d’application de l’Accord de Paris sur le climat adopté lors de la COP21 en 2015 et qui doit entrer en vigueur en 2020. De plus, comme la rencontre avait lieu seulement deux mois après la publication d’un important rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) indiquant que les cibles actuelles proposées par les gouvernements en matière de réduction de gaz à effet de serre (GES) nous placent sur la trajectoire catastrophique d’un réchauffement de plus de 3 degrés, on s’attendait à ce que les États manifestent sans équivoque leur volonté de rehausser rapidement leur niveau d’ambition dans la lutte aux changements climatiques.

L’adoption des règles d’application de l’Accord de Paris

Le principal élément positif qui ressort de la COP 24 est d’avoir réussi à adopter les règles permettant de mettre en œuvre l’Accord de Paris, soit un manuel d’une centaine de pages précisant notamment que les pays devront communiquer tous les cinq ans, à partir de 2020, leurs objectifs en matière de de réduction de GES (ce qu’on appelle les contributions déterminées au niveau national ou CND ) et publier tous les deux ans un rapport permettant de vérifier s’ils tiennent leurs engagements. Une certaine flexibilité, demandée par les pays du Sud, a été accordée aux pays ayant moins de capacités techniques et financières pour faire le rapportage de leurs actions.

Le manque d’ambition

Le rapport du GIEC, publié en octobre 2018, souligne que chaque demi-degré de réchauffement de la température fera une énorme différence en termes d’impact et que les cibles que les États se sont donnés jusqu’à maintenant en matière de réduction de GES sont grossièrement insuffisantes pour limiter le réchauffement à 1,5 degré, la cible fixée par l’Accord de Paris. En fait, on se dirige actuellement vers un réchauffement de plus de 3 degrés et des conséquences catastrophiques pour l’humanité.

Heureusement, le rapport du GIEC souligne aussi que nous disposons des ressources techniques et humaines nécessaires pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 ° C. Ce dont nous avons besoin, et que nous espérions voir à Katowice, c’est de la volonté politique. Malheureusement, elle ne s’est pas manifestée.

Même s’il ne reste que 12 ans pour agir si on veut prévenir les pires conséquences du réchauffement climatique, presque aucun nouvel engagement, par rapport à l’Accord de Paris, n’a été pris à la COP 24. Le directeur du réseau mondial Climat et Énergie du WWF disait dans un communiqué que, malgré certains progrès, « (…) ce que nous avons vu en Pologne révèle un manque profond de compréhension de la part de certains pays à l’égard de la crise actuelle. Pourtant l’avenir de chacun d’entre nous est en jeu. Nous avons besoin que tous les pays s’engagent à relever leur ambition climatique d’ici 2020. » Pour Greenpeace France, « [l]a COP 24 a donné le triste spectacle d’une incompréhension entre des pays qui défendent leurs intérêts économiques et industriels, et des pays vulnérables qui jouent leur survie. Au final, ce sont les peuples qui sont abandonnés. »

Financement de la lutte contre les changements climatiques

Responsables historiquement de l’accélération du réchauffement climatique, les pays du Nord se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par année, par l’entremise du Fonds vert pour le climat, afin de soutenir des projets d’atténuation ou d’adaptation dans les pays du Sud entre 2010 et 2020. Selon l’ONU, les financements publics pour le climat auraient atteint 56 milliards de dollars en 2017 – encore loin de la cible de 100 milliards.

Au-delà du montant total mobilisé, les pays du Sud ont aussi d’autres préoccupations liées au financement qui n’ont pas été apaisées lors de la COP 24. D’abord, la part très élevée des prêts dans les montants comptabilisés inquiète les pays les plus vulnérables quant à la réalité des montants qui leur seront finalement alloués. Ensuite, bien que l’adaptation soit la grande priorité des pays du Sud, seulement 20 % des financements y sont consacrés, le reste allant à l’atténuation. Finalement, des questions se posent aussi par rapport aux bénéficiaires de ces fonds. Par exemple, même si le continent africain subit le plus les effets des changements climatiques, il ne recevrait que 4 % des fonds pour le climat. Pour les pays du Sud, les modalités des financements climatiques qui leur sont promis depuis maintenant dix ans restent floues.

La Déclaration de Silésie sur la solidarité et une transition juste

Selon la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), le concept de la transition juste renvoie à des « choix concertés visant à assurer la transition cohérente et équitable d’une société qui dépend des énergies fossiles vers une infrastructure fondée sur les énergies propres, de manière à tenir compte des aspects humains, sociaux et économiques ». En bref, cela signifie que lorsqu’on souhaite adopter des politiques pour lutter contre les changements climatiques, il faut penser aussi aux impacts pour les communautés et les travailleuses et travailleurs, et les inclure dans les discussions concernant les mesures à adopter.

Dès les premiers jours de la COP 24, une Déclaration sur la solidarité et la transition juste a donc été adoptée par une quarantaine de pays, dont le Canada, et appuyée par les syndicats. Selon la Confédération syndicale internationale (CSI), « [e]n adoptant la Déclaration de Silésie, les pays s’engagent à prendre au sérieux l’impact du changement climatique et des politiques relatives au climat sur les travailleurs/euses, leur famille et leurs communautés dans le cadre de l’élaboration et de la mise en œuvre de leurs nouvelles Contributions déterminées au niveau national (…), leurs plans nationaux d’adaptation et leurs stratégies nationales de développement à faible émission de gaz à effet de serre à long terme. »

Plusieurs pays, comme le Canada, l’Écosse, la Nouvelle-Zélande et l’Espagne, ont d’ailleurs commencé à développer des processus nationaux pour favoriser une transition juste. Mais ce qui a surtout retenu l’attention pendant la COP 24, c’est le contre-exemple fournit par la France et les gilets jaunes, où « l’État n’a pas réussi la synthèse entre la portée environnementale et la portée sociale d’une décision gouvernementale ». Une responsable de Greenpeace soulignait d’ailleurs que « [l]a taxe carbone s’est ajoutée à un système fiscal terriblement inégalitaire. La transition juste, ce n’est certainement pas de faire payer les citoyens les plus modestes, mais plutôt de faire participer les entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre ».

En route vers la COP 25 en décembre 2019

À la fin de la rencontre de décembre, les États ont été appelés à revenir aux deux prochaine COP en affichant plus d’ambition. La prochaine COP devait avoir lieu au Brésil, mais ce dernier s’est désisté suite à l’élection du président Bolsonaro. La COP 25aura donc finalement lieu au Chili, à la fin 2019, et elle sera précédée d’une conférence préparatoire au Costa Rica. Puis une COP particulièrement importante aura lieu en 2020 alors que les pays devront notamment mettre à jour leurs contributions déterminées au niveau national.


Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)

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