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Militarisme et droit des femmes

Collectif Échec à la guerre et Fédération des femmes du Québec Animé par Émilie Beauchesne, Martine Eloy et Suzanne Loiselle


Dernier ajout : 2 avril 2015, par Louis-David L.Renaud

« Ce ne sont ni les missiles, ni les bombes, ni les chars d’assaut, ni les emplois militaires, ni tout le reste de leur machine de mort qui donneront aux peuples du monde les services sociaux, garderies, logements, emplois décents et utiles, et conditions de vie et de travail pour lesquels nous nous battons depuis longtemps. »

Depuis quelques années, nous assistons à une montée inquiétante du militarisme au Canada. Il ne se passe pas une journée sans que ne se manifeste la présence de l’armée dans notre vie quotidienne. Les régimes de dictature militaire constituent l’expression parachevée du militarisme. Mais on peut aussi parler de « militarisme » quand les pouvoirs politiques accordent une place prépondérante à la guerre dans leur politique étrangère et pratiquent, parallèlement, dans tous les domaines et en toute occasion, la glorification de l’armée et de ses valeurs traditionnelles. Le militarisme se manifeste aussi par une augmentation fulgurante des dépenses militaires, l’intensification du recrutement militaire et l’omniprésence de l’armée dans la vie quotidienne. L’objectif de notre présentation est d’attirer l’attention sur les nombreuses manifestations de la montée du militarisme au Canada. En voici quelques-unes :



Augmentation des dépenses militaires

En 2005, le gouvernement canadien s’est engagé dans la plus importante augmentation du budget militaire depuis la Seconde Guerre mondiale : 12,8 milliards $ sur 5 ans, auxquels se sont ajoutés 5,3 milliards $. Ainsi, entre 2000 et 2009, les dépenses militaires du Canada ont bondi de 49 %. En 2009, les dépenses militaires du Canada s’élevaient à 19,2 milliards $ – ce qui représente 53 millions $/jour, passant ainsi du 16e au 13e rang parmi les 15 plus importantes puissances militaires de la planète.

Il vaut la peine de noter que, cette même année, soit en 2009, la somme de 10 milliards $ sur 5 ans aurait permis à 800 000 enfants canadiens et leur famille de ne plus vivre sous le seuil de la pauvreté.



Intensification du recrutement militaire

Après 2005, les Forces armées canadiennes (FAC) ont lancé la plus vaste campagne de recrutement militaire depuis la Deuxième Guerre mondiale. Les FAC ont décuplé leur présence lors d’activités publiques tel le Bal des Neiges à Ottawa, et dans les établissements d’enseignement, y compris les écoles primaires. Cette campagne a coûté 17 millions $ par année de 2006-2007 à 2009-2010.



Omniprésence conviviale de l’armée dans la vie quotidienne

Outre les activités immédiates de recrutement, c’est l’ensemble des activités de relations publiques des Forces armées canadiennes qui ont connu une croissance phénoménale au cours des dernières années. L’armée est présente partout : dans la plupart des événements sportifs majeurs, tels un match des Alouettes ou l’émission de télévision très écoutée, Hockey Night in Canada ; dans la plupart des grands rassemblements festifs, par exemple le Bal des Neiges à Ottawa, et le Festival armée de culture dans le Vieux Port à Montréal. Les Forces armées canadiennes ne manquent aucune occasion de proposer à des enfants de monter à bord d’un véhicule blindé, de revêtir des habits militaires ou de manipuler de vraies armes, en somme de mener une campagne de séduction auprès de la population et de donner une image conviviale de l’armée. En associant l’armée aux sports, aux divertissements, aux loisirs, aux activités de récréation familiale, on crée une proximité et une familiarité entre l’armée et la population. L’omniprésence « conviviale » des militaires tisse des liens avec la population et détourne l’attention des véritables enjeux des guerres menées à l’étranger.

Promotion de l’armée et des valeurs militaires
Nous voyons se multiplier des événements commémoratifs, telle la cérémonie à grand déploiement avec spectacle aérien lors du retour des soldats de Libye et la Journée nationale de commémoration, qui a eu lieu le 9 mai 2014, pour souligner le retour d’Afghanistan du dernier contingent de soldats canadiens.

On assiste également à la promotion orchestrée d’une dimension militaire dans tous les domaines : histoire, économie, éducation, recherche, immigration, patrimoine, etc. En prévision du 150e anniversaire de la fondation du Canada en 2017, le gouvernement conservateur a planifié une panoplie d’activités mettant l’accent sur les exploits militaires du Canada, à commencer par les activités marquant le bicentenaire de la guerre de 1812 (34,7 millions $).

Pour ne négliger personne, Anciens Combattants Canada publie chaque année depuis 2006, un journal et un guide de l’enseignant, Histoire d’animaux à la guerre, à l’intention des élèves de la maternelle à la 6e année, ainsi qu’un autre, Le Canada se souvient, à l’intention des étudiants de 12 à 18 ans. Ces publications, offertes gratuitement aux écoles, font la promotion de la guerre par le biais des guerres auxquelles le Canada a participé.

En tant que féministes, pourquoi cela doit-il nous préoccuper ?
Le militarisme a des impacts particuliers pour les femmes. S’appuyant sur l’exaltation de l’armée et de ses valeurs traditionnelles, dont le culte du chef, de la force, de la hiérarchie et de l’obéissance, le militarisme renforce les rapports sociaux de sexe et entraine une normalisation de la violence envers les femmes, ainsi que la dévalorisation d’autres cultures et de personnes racisées.

Alors que « le corps du soldat transpire la masculinité, soit l’endurance et la dureté (…) la domination, l’hétérosexualité, le contrôle, (…) la force physique et l’agilité, et l’objectification du corps des femmes » , le corps des femmes est associé au territoire de l’ennemi. Le viol devient une façon de marquer la prise du territoire de l’ennemi et de l’humilier. Saviez-vous qu’au niveau mondial, on estime à plus d’un million le nombre de femmes qui auraient été violées durant un conflit depuis la Seconde Guerre mondiale ? Saviez-vous qu’une soldate en Irak risquait davantage d’être violée par un collègue au sein de l’armée étatsunienne que d’être tuée par un tir ennemi ? Saviez-vous que plus de 91 000 viols ont été enregistrés entre 2004-2009 en Colombie, dont 70 % commis par la police et l’armée, et qu’aucun cas de viol par les forces de l’ordre ne s’est traduit par une sentence de culpabilité… ? Le corps des femmes est aussi considéré comme le repos du guerrier et il y a toujours une augmentation marquée de la traite des femmes et de la prostitution aux alentours des bases militaires. Selon le journal britannique The Independent, 50,000 irakiennes réfugiées auraient été forcées de se prostituer. De plus, on note une augmentation de la violence conjugale lors du retour des soldats au pays, certains soldats semblant faire un transfert dans leur propre communauté du « droit » de violer et de tuer qu’ils avaient sur le champ de bataille.

Les situations de crise ne sont pas propices à l’amélioration de la situation des femmes
Il est impossible d’invoquer l’amélioration de la situation des femmes comme motif pour mener une guerre lorsque que nous savons ce que la guerre entraine inévitablement comme souffrances et comme destruction. Des villages entiers sont détruits, des familles sont disloquées, des milliers de personnes se retrouvent déplacées ou réfugiées, des milliers d’enfants se retrouvent orphelins… Ceci sans compter la destruction des aqueducs, des hôpitaux, des écoles et des routes ; la rupture de l’approvisionnement en eau, en nourriture et en matériel médical ; les difficultés de déplacements (couvre-feu, barrages routiers, dangers constants) ; les problèmes de santé liés à la malnutrition et aux contaminants toxiques (agent orange, uranium appauvri, etc.) ; le manque de ressources pour la santé reproductive et sexuelle des femmes qui leur coûte parfois la vie.

Dans les pays agresseurs, nous assistons inévitablement au détournement de fonds publics vers la Défense nationale (l’armée, l’armement, le patriotisme militaire) aux dépens des fonds alloués aux services à la population (éducation, santé, logement, etc.) et aux groupes de défense des droits.

Face à cette montée du militarisme, il est impératif d’exiger une réduction immédiate et significative des dépenses militaires ainsi que la tenue d’un vaste débat public sur la politique étrangère canadienne, le rôle de l’armée, l’industrie militaire et le commerce des armes. Nous devons bâtir un vaste mouvement de résistance à la montée du militarisme. Dans cet esprit, nous vous invitons à participer à la 4e campagne du coquelicot blanc qui se déroulera à l’automne 2014. Cette campagne rappelle que les guerres font énormément de victimes, non seulement militaires mais aussi civiles, et que nous devons en finir avec ce fléau.


Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)

L’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), est un regroupement de 65 organisations québécoise qui œuvrent, à l’étranger et au Québec, pour un développement durable et humain.

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