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Le Groupe d’orientation politique en matière de droits des femmes dépose ses principales recommandations à la Ministre Bibeau


Dernier ajout : 25 octobre 2017, par Comité québécois Femmes et Développement (CQFD)

Le Groupe d’orientation politique en matière de droits des femmes Principales recommandations à la Ministre Bibeau

Introduction
Le Groupe d’orientation politique en matière de droits des femmes est un groupe de travail composé d’organisations canadiennes et d’individus oeuvrant à l’international sur des enjeux liés aux droits des femmes. Le Groupe se réjouit de l’adoption de la Politique d’aide internationale féministe du Canada, reconnaissant l’opportunité historique de placer les femmes et les filles — et les mouvements de femmes — au centre de la politique canadienne d’aide au développement, supportant ainsi un changement transformateur dans les pays en développement et les États fragiles. Cette politique offre l’opportunité d’exercer un leadership fort pour faire progresser les droits des femmes et des filles dans les pays du Sud.

En tant que leaders féministes et influenceures en matière de développement international, d’assistance humanitaire et des droits des femmes, nous apprécions cette opportunité de partager nos recommandations avec la ministre afin d’assurer la réussite de la mise en oeuvre de cette politique innovatrice. Cette politique a déjà permis le renforcement d’un dialogue constructif avec Affaires mondiales Canada avec un fort accent sur l’apprentissage, et c’est avec plaisir que nous travaillerons en partenariat avec le ministère pour assurer le succès de la nouvelle politique d’aide internationale.

Le succès de la Politique d’aide internationale féministe du Canada s’appuie sur la construction de bases solides qui, dès le début, reconnaissent que l’approche féministe à l’aide internationale est essentiellement nouvelle. L’application d’une approche féministe fondée sur les droits dans le domaine du développement est un défi non seulement pour Affaires mondiales Canada, mais également pour plusieurs organisations de notre secteur. Cela exigera l’implantation de nouveaux outils, ainsi qu’un apprentissage basé sur les meilleures pratiques. Le Groupe d’orientation politique en matière de droits des femmes souhaite émettre les recommandations suivantes afin de renforcer la mise en oeuvre de la politique en assurant plus d’imputabilité et de transparence, ainsi qu’un plus grand alignement avec les mouvements de droits des femmes.

Considérations fondamentales pour la Politique d’aide internationale féministe du Canada

Recommandation 1 : En conformité avec la nouvelle approche féministe du Canada pour « faire du développement différemment », repenser la façon dont les programmes sont construits et comment nous définissons, mesurons et communiquons le succès est primordial. Examiner et réviser les processus actuels d’approvisionnement, de financement, d’attribution de contrats, de suivi et d’évaluation, afin de mieux 1) répondre aux priorités définies par les organisations de droits des femmes ; 2) intégrer l’approche fondée sur les droits et les changements transformateurs ; 3) adopter et réintégrer les leçons apprises à travers des mécanismes de rétroaction, et 4) permettre au ministère de mieux communiquer au public canadien la façon dont les programmes et la recherche féministes contribuent à un puissant changement social.

Les organisations et mouvements de femmes sont aux premières lignes dans la mise en oeuvre de nouvelles approches innovatrices et dans la prise de risques pour
l’avancement de leur cause. Cela a un impact sur la façon dont Affaires mondiales
Canada conçoit le risque et l’innovation, et impose un examen attentif de la mise en
oeuvre de nouveaux outils et cadres de mesure différents, plus flexibles afin de soutenir une approche féministe et mieux en mesurer le succès. « Faire les choses différemment » impliquera également de repenser sérieusement les politiques et procédures en plus de rationaliser l’approvisionnement, les politiques et procédures contractuelles pour qu’elles répondent aux besoins, priorités et capacités de la société civile. De façon similaire, des mécanismes formels de rétroaction et de perfectionnement devraient être développés au sein du ministère, où les organisations des droits des femmes et autres partenaires de la société civile pourront partager des leçons et acquis de leurs propres programmes, de même que d’autres réflexions pertinentes sur la façon d’améliorer la mise en oeuvre des programmes dans une perspective féministe.

Recommandation 2 : Mener un audit de genre afin de diffuser et d’intégrer l’approche féministe à travers le ministère et s’engager à attribuer le financement et les ressources humaines nécessaires pour mettre en oeuvre les recommandations de
l’audit.

Les audits de genre aident les organisations à apprendre comment mieux promouvoir l’égalité de genre et transmettre efficacement l’approche féministe à travers des politiques et programmes et au sein même de l’organisation. Un audit va au-delà de l’analyse basée sur le genre, car il met en lumière la façon dont les processus de gestion, les systèmes administratifs, les aptitudes du personnel, les mécanismes de financement et la culture organisationnelle interagissent pour affaiblir ou renforcer la mise en oeuvre de l’approche féministe de l’aide internationale. Des engagements fermes en matière de financement devraient être pris pour mettre en oeuvre les recommandations de l’audit.

Nous constatons avec enthousiasme que la formation du personnel responsable des programmes a été entamée à travers le ministère et que les équipes de travail consolident leur maîtrise de la Politique d’aide internationale féministe du Canada. Afin d’assurer une mise en oeuvre réussie, le ministère aura besoin d’investir dans les capacités non seulement de son personnel technique et chargés de programmes, mais également de son personnel responsable des contrats et des ressources humaines, afin d’appliquer une approche féministe basée sur les droits aux programmes de développement et à l’assistance humanitaire — parce que le succès de la mise en oeuvre de la Politique d’aide internationale féministe du Canada ne repose pas uniquement sur le personnel responsable de la mise en oeuvre des programmes.

Accélérer un apprentissage à travers l’ensemble du ministère d’Affaires mondiales Canada sera essentiel pour :

  • Développer une compréhension commune d’une approche féministe et fondée sur les droits humains, afin de développer et socialiser des lignes directrices claires sur l’identification et la mesure des résultats, ainsi que d’assurer des standards de contrôle de la qualité cohérents.
  • Développer une compréhension commune de l’approche intersectionnelle de l’aide internationale qui identifie et comprend les besoins locaux des mouvements de femmes, des organisations de femmes et des femmes défenseures des droits humains, qui soit plus réactive aux besoins locaux et réponde aux discriminations multiples et distinctes auxquelles les femmes et les filles font face à travers leur développement, de l’enfance à l’âge adulte.
  • Assurer que le potentiel transformateur de la programmation féministe fondée sur les droits ne soit pas miné par des relations contractuelles qui imposent des exigences administratives, techniques et procédurales non féministes (voir la recommandation 1).
  • Appuyer le renforcement des capacités des partenaires de la société civile afin d’appliquer une approche féministe des programmes financés par Affaires mondiales Canada déjà existants.

Recommandation 3 : Mettre en place un organe consultatif composé de leaders féministes et d’organisations de droits des femmes et des filles ainsi que de réseaux avec des identités et perspectives diverses pour conseiller la mise en oeuvre de la Politique d’aide internationale féministe du Canada et développer une stratégie pour augmenter les partenariats directs avec les organisations et les mouvements de femmes du Sud.

Tout en reconnaissant le défi que représente l’application d’une approche féministe à l’aide internationale pour le ministère et les organisations, nous voulons souligner l’importance d’échanges significatifs entre la société civile et le personnel d’Affaires mondiales Canada. Un groupe consultatif pourrait offrir une perspective et expertise précieuse pour orienter la mise en oeuvre de la Politique d’aide internationale féministe du Canada. Le groupe consultatif serait idéalement composé de leaders féministes canadiennes et internationales, incluant des experts dans la conception, la mise en oeuvre et l’évaluation des programmes et politiques liés aux droits des femmes et des filles.< p<
La Politique d’aide internationale féministe du Canada reconnait l’importance des organisations, réseaux et mouvements féministes en tant que catalyseurs de changement. Elle établit également un engagement clair pour appuyer ces organisations, réseaux et mouvements dans le renforcement de leur leadership féministe, développant ainsi leur capacité de travailler collectivement afin d’apporter un changement transformateur et d’assurer leur pérennité financière. Cela nécessitera d’aller au-delà des « suspects habituels » et de construire des relations directes avec les nouveaux partenaires dans le Sud — des organisations de droits des femmes et des réseaux intégrés dans les mouvements locaux de femmes — et leur fournir un appui politique et financier pour non seulement renforcer leurs capacités organisationnelles, mais également la force et la capacité de leadership de leurs mouvements – incluant le soutien à la participation de jeunes femmes issues des communautés locales. À long terme, nous croyons que cela requiert le renouveau de la programmation réactive sous la Direction générale du partenariat avec les Canadiens, en fonction de laquelle les organisations et mouvements locaux de droits des femmes peuvent identifier et soumettre leurs propres besoins et priorités pour être considérés pour du financement, plutôt que de répondre à des priorités établies par le donateur au travers de mécanismes d’appels de propositions.

Recommandations principales pour le Programme sur la voix et le leadership des femmes

Le Programme sur la voix et le leadership des femmes, en tant que programme phare de la Politique d’aide internationale féministe du Canada, représente une occasion de définir une nouvelle façon de faire de l’aide au développement qui met le pouvoir entre les mains des organisations, réseaux et mouvements locaux de femmes, leur permettant de définir leur propre agenda et réponses aux urgences et défis émergents dans leurs pays. Il s’agit d’une excellente opportunité d’expérimenter de nouveaux outils et approches en puisant d’exemples internationaux d’approches féministes dans la mesure et l’évaluation de résultats, mais également de partager avec les Canadiens et Canadiennes l’impact transformateur des programmes féministes. Les nouvelles approches qui sont testées dans ce programme relativement modeste pourront être adaptées et déployées dans les autres programmes d’Affaires mondiales Canada.

Une approche féministe doit tenir compte des relations de pouvoirs inégales entre les organisations internationales et locales, mais également entre les organisations locales, ainsi que des façons à travers lesquelles la voix et le leadership des femmes et leurs efforts pour s’organiser ont été mis au défi, et parfois compromis par la façon dont les donateurs travaillent avec leurs partenaires. La voix et le leadership des femmes est une opportunité cruciale de mettre de l’avant des approches plus égalitaires qui mettent l’accent sur la solidarité, l’entraide et la coopération entre les organisations du Sud et du Nord.

Recommandation 4 : Assurer une plus grande transparence autour de l’orientation, de la structure et des processus de prise de décision du programme ; ceci requiert des actions concrètes qui incluent la diffusion publique des lignes directrices sur le site web, de même que des critères pour la sélection des partenaires terrain dans chaque pays où le programme est implanté.

La transparence et l’inclusion sont des principes fondamentaux d’une approche féministe. Ils sont essentiels pour uniformiser les règles du jeu entre les organisations internationales et locales. Les organisations locales doivent avoir l’opportunité de recevoir la même information que les organisations internationales et être à même de tirer profit des opportunités de financement.

Recommandation 5 : Diversifier le portfolio des partenaires terrain pour qu’il comprenne un mélange équilibré d’organisations locales de droits des femmes et de fonds pour les femmes ainsi que d’organisations canadiennes, dans le but de garantir une bonne gestion du risque, mais aussi que le programme s’oriente vers – et catalyse – l’innovation et le changement social propres aux mouvements locaux.

Un objectif principal du Programme sur la voix et le leadership des femmes est de renforcer et d’appuyer directement les organisations et les mouvements locaux de droits des femmes en ce qui concerne leur autonomie, leur vision politique, et leurs capacités. Dans plusieurs pays, il existe des organisations et fonds pour les femmes forts et compétents, aux capacités financières et fiduciaires établies, aux capacités prouvées pour l’accompagnement d’organisations communautaires et organisations de femmes plus petites. Afin que la Politique d’aide internationale féministe du Canada soit un succès, il est essentiel d’élargir les partenariats et considérer ces organisations en tant que partenaires terrains directs et experts locaux en droits des femmes, et ce pour au moins la moitié des pays du Programme sur la voix et le leadership des femmes. Ces organisations ont une feuille de route qui atteste de leur travail innovateur et transformateur. Pour être réellement féministe, la nouvelle politique doit appuyer leur durabilité et leur pouvoir d’action.

Membres du groupe d’orientation politique en matière de droits des femmes

Action Canada for Sexual Health and Rights
Amnesty International Canada
Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)
Co-operative Development Foundation of Canada
Canadian Federation of University Women (CFUW)
CARE Canada
CECI
Canadian Council for International Co-operation (CCIC)
Coady International Institute
Crossroads International
CUSO International
FARM Radio International
FEM International
Gender at Work
Grandmothers Advocacy Network (GRAN)
Interagency Coalition on AIDS and Development (ICAD)
Inter Pares
International Women’s Rights Project
KAIROS : Canadian Ecumenical Justice Initiatives
Mennonite Economic Development Associates (MEDA)
Nobel Women’s Initiative
Oxfam Canada
ParlAmericas
Plan International Canada
Save the Children Canada
The MATCH International Women’s Fund
USC Canada
World University Service Canada (WUSC)


Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI)

L’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), est un regroupement de 65 organisations québécoise qui œuvrent, à l’étranger et au Québec, pour un développement durable et humain.

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